Par Olivier Levard, le 26 janvier 2011 à 17h55, mis à jour le 27 janvier 2011 à 10:01

Depuis Cannes -Passée la méfiance, l’industrie musicale fait les yeux doux aux offres d’abonnement musical. Elles ne régleront pas tout.

Norman Hurens  Deezer et Spotify vont-ils sauver la musique ? © DR / J. Herteleer pour TF1 News

Elle n’est pas sortie du tunnel mais voit enfin la lumière. Réunie au Midem au grand complet, l’industrie musicale n’a pu que constater que le déclin du CD était en pleine forme ! Les ventes de disques ont reculé en 2010 en France pour la huitième année consécutive, le marché physique (ventes de CD et de DVD) chutant de près de 9%, à moins de 470 millions d’euros.

Voilà pour le tunnel. La lumière est venue des ventes numériques qui ont progressé dans le même temps de 14% pour atteindre les 15 millions d’euros en 2010. Cela ne compense toujours pas la chute du CD mais c’est une bonne nouvelle, poussée par une explosion des abonnements à des services de musique en ligne. Ces abonnements permettent – contre 5 à 10 euros par mois – d’avoir accès à des millions de titres, sur son ordinateur et même sur un téléphone portable 3G. Ce résultat est en grande partie dû au succès de l’offre lancée mi-août par l’opérateur Orange et le site de streaming Deezer qui vient d’annoncer avoir recruté 500.000 clients.

Spotify +SFR ?

Deezer – qui représente désormais  plus de 80% du marché – annonce à TF1 News qu’il pourrait faire un très gros chèque aux maisons de disques cette année. « La musique est en train de se sauver elle-même. Elle a été dévastée par la baisse du physique mais de vraies solutions digitales arrivent, dès maintenant. Les services comme le nôtre sont une chance inouïe pour l’industrie. Nous devrions lui reverser aux alentours de 20 millions d’euros pour la France en 2011« , nous révèle son PDG Axel Dauchez.

Au Midem, tout le monde ne parle que de ces services en streaming dans le « cloud », c’est-à-dire sur des serveurs Internet auxquels chacun se connecte avec son ordinateur ou un mobile. Le démarrage canon du couple Deezer-Orange pousse les regards vers Spotify, numéro un mondial, qui n’a pas encore convolé avec un opérateur français. Le service né en Suède reste donc à la traîne dans l’Hexagone, avec quelques milliers d’abonnés payants, même si la rumeur cannoise le donne très proche de SFR. « Nous avons des discussions en cours et nous espérons pouvoir faire des annonces très prochainement« , commente sobrement Annina Svensson, patronne de Spotify en France.

Le modèle économique allèche désormais les grands du high-tech, quitte à partir avec un métro de retard.  Après Microsoft et son service Zune dont TF1 News annonçait le lancement il y a quelques mois, c’est Sony qui se lance cette semaine dans les grands pays d’Europe, dont la France, avec Quriosity Music Unlimited. « On ne réussit pas dans l’industrie musicale en copiant les autres« , explique Tim Schaaf, le patron de Sony Network Entertainment à TF1 News. « Nous partons après les autres mais nous avons prouvé par le passé combien nous sommes capables d’innover, par exemple sur l’interface, et nous avons une puissance marketing mondiale« . Sony pourra notamment compter sur la force de frappe de sa console Playstation 3 pour lancer le service et n’exclut pas d’arriver très vite sur d’autres supports, y compris l’iPhone d’Apple.

Limiter le gratuit

Pour permettre au plus grand nombre de découvrir leur service, Deezer et Spotify proposent, contrairement à Sony, des offres gratuites financées par la publicité. « Ne pas le faire, ce serait tuer dans l’œuf les solutions payantes. Il y a heureusement une maturité des acteurs qui pensent enfin à construire le marché de demain au lieu de mettre des barrières à l’entrée« , explique Axel Dauchez, en clin d’œil à l’accueil glacial qu’avaient réservé les majors à son entreprise. « Certaines maisons de disques sont un peu hésitantes mais sans avoir ce premier service qui permet de tester Spotify, l’idée de s’abonner ne vient pas naturellement. C’est un modèle vertueux« , abonde Annina Svensson.

Si elle fait désormais les yeux doux aux offres payantes, l’industrie ne digère toujours  pas totalement les offres gratuites. Pour ne pas tuer le marché, « le gratuit doit rester un échantillon et il doit y avoir une quantité minimum de publicité. A terme, il faudra limiter pour un internaute la possibilité d’écouter vingt, trente et même quarante fois le même titre sans l’acheter ! », explique ainsi à LCI le patron d’Universal Pascal Nègre.

Produit pour riches ?

Quoi qu’il en soit, l’abonnement ne sortira pas seul l’industrie de son marasme. Pas en tout cas à ce niveau de prix. « Nous y réfléchissons comme tout le monde, c’est vrai que c’est un succès. Mais à 120 euros par an,  ces abonnements premium  n’ont rien à voir avec le budget moyen des Français pour la musique : 17 euros. L’essentiel du marché, ce sont des gens qui achètent des clés USB ou des lecteurs MP3 de 2 gigas à 39 euros. Tout le monde n’a pas un iPhone et ces gens là méritent aussi une offre… », rappelle à TF1 news, Jérôme Giachino, PDG de Starzik. Sa plateforme croît encore dur comme fer au téléchargement légal et n’hésite pas à casser les prix en  proposant des albums complets à 5 euros.

Un autre acteur a bien compris que le budget musique des Français était limité. Le français Beezik propose à ses clients de télécharger tous les titres qu’ils souhaitent gratuitement, à condition de regarder l’intégralité d’un spot publicitaire pour chaque chanson. Après avoir fait la sourde oreille, les grandes maisons de disque lui ont donné accès à leur catalogue et sortent leur singles le même jour que sur iTunes. Résultat : 1,5 million de titres sont téléchargés chaque mois et même Apple s’apprête à faire de la pub chez eux…Au Midem de Cannes, Olivier Levard