A la veille de l’ouverture de la 62e Foire du livre de Francfort, Google a annoncé mardi le lancement de sa plateforme d’édition et de vente de livres numériques d’ici la fin de l’année aux Etats-Unis, et en 2011 en Europe. Ça ne vous rappelle rien ? La firme avait annoncé exactement la même chose il y a pile un an…

A Francfort, en octobre 2009, à la même Foire du livre, le géant du Web annonçait en effet déjà l’ouverture de Google Edition. En un an, il ne s’est donc rien passé, en tout cas en Europe : le projet mondial, lui, a avancé.

Google Editions aux Etats-Unis, en Europe… Quid de la France ?

Comme en 2009, c’est le responsable produit chez Google Livres, Abraham Murray, qui a fait cette annonce :

« Google Editions sera lancé d’ici la fin de l’année, d’abord aux Etats-Unis. Le démarrage dans les autres pays suivra l’an prochain, en Europe en commençant par le Royaume-Uni et un ou plusieurs autres pays. »

La question est : la France est-elle comprise dans ce « un ou plusieurs » pays ? Depuis 2006, de nombreux éditeurs hexagonaux portent plainte sur plainte contre Google pour contrefaçon ou numérisation pirate. Et pour le moment, ils l’emportent.

En mars, peu avant le Salon du livre de Paris, Philippe Colombet (« strategic partner development manager » pour Google Books) avait déjà annoncé le lancement du service à l’été 2010 dans six pays dont la France.

Près de 30 000 éditeurs étaient d’ores et déjà associés au projet, avait-il ajouté. Sauf que plusieurs actions étaient en cours, dont la procédure de La Martinière/Le Seuil.

Google avait reculé, et refusé tous contact sur le sujet avec la presse. Récemment encore, à toute demande de précision, je me voyais répondre qu’il n’y avait aucune avancée. Les choses ont donc bougé…

Ouverture « avec 400 000 titres du marché américain »

La librairie numérique de Google ouvrira « avec 400 000 titres du marché américain », a annoncé Abraham Murray. Ce qui montre qu’à ce jour, rien n’est fixé dans les autres pays et bassins linguistiques.

Si l’an dernier, Google disait avoir numérisé 12 millions de livres dans sa base Google Books, le chiffre actualisé cette année est de 15 millions, et le nombre d’éditeurs partenaires a été porté à 35 000.

En France, les principaux partenaires du programme sont L’Harmattan, Le Petit Futé et le guide Michelin. Aucun éditeur de littérature, aucune maison d’aucun grand groupe, n’a désiré signer le moindre accord avec Google. Et ni Gallimard ni Albin Michel, ni Flammarion, ni bien sûr La Martinière/Le Seuil ne l’envisageait dans les termes voulus par le géant américain. On attend leur réaction à cette annonce à l’issue de la Foire allemande.

Google espère passer par les libraires et sites spécialisés

En attendant d’avoir les droits des auteurs et des éditeurs, Google semble jouer la carte libraire. Google Edition sera aussi « une plateforme de distribution ouverte à tous les libraires indépendants, chaînes, sites spécialisés, revendeurs de quelque nature qu’ils soient », a aussi annoncé Murray à Francfort.

Entre l’annonce 2009 et l’annonce 2010, Google a signé un accord de partenariat avec la Fédération des libraires indépendants aux Etats-Unis (ABA).

En France, Livres hebdo estime les structures déjà présents sur Google Books à « une demi-douzaine de sites spécialisés, de chaînes ou de librairies de premier niveau, sous forme d’un lien renvoyant vers leur site les internautes désireux d’acheter un livre papier découvert sur le moteur de recherche ».

Blocage sur le « modèle d’agence » ou contrat de mandat

Mais alors, pourquoi ce retard ? Pourquoi le vide pendant un an ? Abraham Murray a indiqué mardi :

« La mise en place du modèle d’agence aux Etats-Unis a compliqué l’organisation de ce programme. »

Le « modèle d’agence » est l’équivalent aux Etats-Unis du contrat de mandat en droit français. C’est cet article qui fait que l’éditeur fixe seul le prix, qui interdit les rabais. C’est l’article que n’aime pas Google…

Selon les indications fournies par Google après sa -première- annonce, le système fonctionnerait ainsi : les titres sont indexés dans le moteur de recherche Google qui permet de consulter 20% du contenu gracieusement.

Celui qui souhaite acquérir l’intégralité de l’ouvrage appuie sur « acheter l’Edition Google », et déclenche l’achat. Il peut alors acheter le livre numérique directement sur Google, chez un libraire en ligne partenaire ou directement sur le site de l’éditeur, ou encore auprès d’une librairie physique.

Google percevra 37% des revenus si l’achat se fait en direct sur son site. Le reste allant à l’éditeur. Pour les livres livrés en libraire, la part de Google monte à 45% du prix de vente.