Norman Hurens  Des sites produisent à la chaîne du contenu de mauvaise qualité pour se hisser aux meilleures places du moteur de recherche.

Chez Google, une question provoque plus de remous que le changement de PDG annoncé la semaine dernière. Depuis le début de l’année, des sites Internet spécialisés de tout premier plan s’en prennent ouvertement au bien le plus précieux du groupe américain : la qualité de son moteur de recherche, qu’ils jugent dégradée. «Pourquoi nous avons désespérément besoin d’un nouveau (et meilleur) Google», titrait par exemple TechCrunch le 1er janvier.

Au cours du week-end, le responsable de l’équipe chargée de la qualité du moteur de recherche s’est exprimé pour la première fois sur le sujet, pour tenter de désamorcer cette crise. Dans un billet publié sur le blog officiel de Google, il a admis avoir constaté une recrudescence du spam dans les résultats ces derniers temps. «Même si nous avons déjà fait des progrès, nous mettons en œuvre de nouveaux efforts pour continuer d’améliorer la qualité de notre recherche», écrit Matt Cutts.

En fait, Google est confronté à deux types de spam bien distincts. Il y a les sites qui tentent de progresser en surchargeant leurs pages de mots-clés et en les optimisant à outrance. Ces méthodes sont bien connues et combattues de longue date. Régulièrement, Google déclasse des sites et modifie ses algorithmes pour brouiller les pistes. Selon des études menées en interne, les résultats de Google seraient meilleurs que jamais, en anglais comme dans les autres langues.

«Nous pouvons et devons faire mieux»

Mais Google lutte aussi contre une technique plus évoluée, qui consiste à créer des textes en apparence légitimes, mais de piètre qualité. C’est ce que l’on appelle les fermes de contenus. Des sociétés comme Demain Media sont capables de générer des milliers de nouveaux contenus par jour, généralement autour de questions que se posent fréquemment les internautes. Elles emploient pour cela des hordes de pigistes dont les articles sont écrits rapidement et faiblement rémunérés. L’essentiel est d’encourager les internautes à cliquer sur des bannières publicitaires.

Pour Google, qui effectue plus de 400 changements chaque année sur ses algorithmes, cette pratique est un défi de taille. Comment des ordinateurs peuvent-ils réellement jauger de la qualité d’un texte ? Dans son billet de blog, Matt Cutts n’avance pour l’instant pas de réponse claire. «La recherche Google est notre fierté et nous nous efforçons de rendre chaque recherche parfaite. Nous pouvons et devons faire mieux», affirme-t-il uniquement. «C’est ce que veulent les internautes», ajoute-t-il en substance dans une vidéo (voir ci-dessous).

Cet engagement n’est pas insignifiant. Depuis ses débuts, Google a bâti son succès sur la fiabilité et la rapidité de son moteur de recherche. S’il dispose d’une solide part de marché de plus de 65% aux États-Unis, et de 90% en France, les remises en cause de sa pertinence font toujours peser une menace sur son activité. Elles peuvent en effet encourager les internautes à migrer vers des outils concurrents, et notamment les services de questions/réponses comme Quora, qui reposent sur les contenus apportés par les internautes, et non plus sur des algorithmes.