Norman Hurens

Les messages sont envoyés directement par les opérateurs mobiles (SheriefFarouk/FlickR).

Les Égyptiens reçoivent sur leur téléphone des messages glorifiant l’armée et appelant au respect de la nation. L’opérateur Vodafone, qui dit être forcé d’acheminer ces SMS, juge le procédé «inacceptable».

Norman Hurens  Norman Hurens  «Jeunesse d’Égypte, méfiez-vous des rumeurs et écoutez la voix de la raison. L’Égypte est au-dessus de tout, alors préservez-la.» Depuis le début des manifestations dans le pays, voilà le genre de messages que reçoivent les Égyptiens sur leurs téléphones portables. Envoyés par vagues, ces SMS les appellent à affronter les «criminels et les traitres» et à respecter les forces armées, «soucieuses de [leur] sécurité». Et ils sont signés directement des opérateurs, dont Vodafone (actionnaire de SFR) et Mobinil (filiale d’Orange en Égypte).

Dans un communiqué envoyé de Londres, Vodafone s’est élevé jeudi contre cette pratique. D’après lui, les opérateurs n’ont d’autre choix que d’envoyer ces textos. Pour obtenir une licence d’exploitation de téléphonie mobile dans le pays, ils se sont engagés à acheminer des messages d’urgence, explique le groupe britannique. Mais ils n’ont aucun contrôle sur leurs contenus, alors qu’ils sont pourtant les expéditeurs, ce qui crée une grande confusion chez leurs abonnés. Cette situation est «inacceptable», juge aujourd’hui Vodafone.

Vodafone privilégie la sécurité de ses équipes

La politique de censure des télécommunications mise en place par les autorités égyptiennes place les opérateurs locaux dans une position délicate. Priés de couper leurs connexions la semaine dernière, les fournisseurs d’accès ont tous obtempéré, tout comme les opérateurs mobiles, qui ont déconnecté des antennes-relais. Dans un autre communiqué, Vodafone a expliqué avoir privilégié la sécurité de ses équipes sur place. Selon lui, les autorités auraient pu couper Internet et le mobile de manière plus radicale, sans sa collaboration. La reprise aurait alors été plus difficile.

La coupure d’Internet pendant cinq jours par le gouvernement égyptien devrait coûter à l’Égypte 65 millions d’euros, selon une estimation de l’OCDE. L’impact sur le long terme pourrait être plus important, car cette mesure radicale pourrait décourager des sociétés d’investir dans le pays. «Ce sera beaucoup plus difficile à l’avenir d’attirer des entreprises étrangères et de leur assurer que les réseaux resteront fiables», alors que «jusqu’ici, attirer ces sociétés a été une stratégie clé du gouvernement» égyptien, estime l’OCDE.