L’une des plaintes contre Google émane de Ciao, un site Internet racheté par Microsoft.

Norman Hurens  La Commission européenne se penche sur des soupçons d’abus de position dominante dans la recherche en ligne et la publicité. Google répond qu’il a toujours agi dans l’intérêt des utilisateurs.

Google va devoir répondre aux soupçons de trafic dans les résultats de son moteur de recherche. Mardi, la Commission européenne a annoncé l’ouverture contre lui d’une enquête formelle, pour abus de position dominante. Cette procédure fait suite à la plainte de sociétés concurrentes, qui l’accusent de favoriser ses propres services, aux dépens des leurs, dans ses résultats de recherche payants et gratuits.

L’une de ces plaintes, examinées depuis février, émane de Ciao. Le site d’avis de consommateurs, racheté par Microsoft en 2008, critique les conditions imposées par Google dans la publicité en ligne payante, avec son service AdSense. Deux autres plaignants, le spécialiste français des questions judiciaires ejustice.fr et le comparateur de prix britannique Foundem critiquent eux spécifiquement le classement du moteur de recherche gratuit.

«Cette ouverture de procédure n’implique pas que la Commission possède des preuves de l’existence d’une infraction», mais «seulement que la Commission conduira une enquête approfondie sur ce dossier, de manière prioritaire», souligne-t-elle dans un communiqué. Il n’existe pas de délai juridiquement contraignant pour réaliser cette enquête.

Dégrader le score de ses concurrents

L’enquête cherchera à vérifier s’il a abaissé dans ses résultats de recherche gratuits le rang de services concurrents, comme des comparateurs de prix, par rapport à ses propres services. Elle regardera aussi s’il a dégradé le «score de qualité» des concurrents, un des facteurs qui détermine le prix à payer pour l’affichage d’une publicité sur Google.

Bruxelles compte aussi se pencher sur «les allégations selon lesquelles Google imposerait des clauses d’exclusivité à des partenaires publicitaires, en leur interdisant de disposer certains types de publicités fournies par des concurrents sur leur site web, ainsi qu’aux fournisseurs d’ordinateurs et de logiciels, ce dans le but d’exclure des outils de recherche concurrents».

Google collabore et se défend

Google a rapidement annoncé mardi son intention de collaborer avec la Commission européenne. Et a déjà commencé à se défendre. «Nous avons bâti notre moteur de recherche pour les internautes, pas pour les sites Internet, ce qui explique pourquoi certains d’entre eux sont mécontents» de baisser dans les résultats, a réagi Bill Echikson, porte-parole Europe de Google au Figaro.fr. «Si leur position baisse, c’est que c’est légitime selon nos algorithmes», a-t-il affirmé.

Pour Google, il est ainsi dans l’intérêt des utilisateurs de proposer un plan de ville, qui mène vers son service Google Maps, lorsque les internautes font une recherche sur une adresse. Ou vers une liste de vols lors de la recherche d’un trajet entre Paris et New York. Quitte à déplaire à ses concurrents. Google, qui reconnaît être un «acteur clé» de la recherche, réfute être en position dominante, et invoque notamment la nouvelle concurrence de Facebook et de Twitter.

Il faudra cependant rallier les autorités de la concurrence à cette vue. Alors qu’il s’est développé dans la vidéo, la téléphonie mobile ou la numérisation de livres, Google fait désormais l’objet d’une attention croissante de leur part, aux Etats-Unis mais aussi en Europe. La Commission européenne, elle, avait lourdement condamné dans le passé deux autres géants américains, Microsoft et Intel, pour des abus de position dominante.