Norman Hurens

Le site Internet du camp de Majdanek est passé du «.pl» au «.eu».

Le ministère de la Culture polonais demande que trois sites Internet de camps de concentration nazis remplacent leur adresse en «.pl» par une autre extension comme le «.eu», pour ne plus être associés avec la Pologne.

Norman Hurens  Norman Hurens  La Pologne veut rappeler avec force que les camps de concentration et d’extermination bâtis sur ses terres durant la Seconde Guerre mondiale sont de la responsabilité de l’Allemagne nazie. Et elle s’emploie désormais à marteler ce message jusque sur Internet. Mardi, le ministre polonais de la Culture, Bogdan Zdrojewski, a demandé aux musées d’anciens camps allemands en Pologne d’éliminer le «.pl» de leur adresse Internet. Ils devront choisir d’autres suffixes, par exemple pour le «.eu» européen ou le «.org» international. Sont concernés les trois musées placés sous sa tutelle du ministère, c’est-à-dire ceux d’Auschwitz-Birkenau, de Stutthof et de Majdanek, passé le premier au «.eu».

Cette demande s’inscrit dans une série de réclamations similaires de Varsovie. En 2007, le Comité du Patrimoine mondial de l’Unesco avait rallongé le nom officiel du camp d’Auschwitz pour l’appeler «camp de concentration et d’extermination nazi allemand d’Auschwitz-Birkenau (1940-1945)». «C’est une victoire de la vérité historique sur le mensonge», avait déclaré le ministre de la Culture de l’époque. Depuis, des pétitions ont été lancées pour sensibiliser les médias étrangers. Le Wall Street Journal s’est récemment engagé à ne plus parler de «camp de concentration polonais». Près de six millions de Polonais, dont trois millions de Juifs, ont été tués au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Le changement d’adresse Internet, bien que symbolique, pourrait néanmoins être compliqué et coûteux. Le porte-parole du Musée d’Auschwitz, dont le site Internet a reçu 2,5 millions de visites l’an dernier, rappelle dans la presse polonaise que les adresses du camp en «.eu» et en «.org» ont été déjà réservées «il y a longtemps» par des squatteurs, dont l’un se situe aux Îles Caïman. Immédiatement après la déclaration du ministre de la Culture, le nom de domaine «madjanek.org» a lui aussi été acheté, note un blogueur polonais. En France, l’ancien camp de concentration du Struthof, situé en Alsace, a été conçu par le ministère de la Défense. Il dispose d’une adresse Internet en «.fr».